La reconstitution de chiffre d’affaires après un rejet de comptabilité

La reconstitution de chiffre d’affaires après un rejet de comptabilité

Vous faites l’objet d’un contrôle fiscal. Le vérificateur vous indique qu’il va procéder à un rejet de comptabilité. Je vous explique comment vous défendre et faire face à la suite habituelle d’un tel rejet : la reconstitution du chiffre d’affaires de votre entreprise.

Le rejet de comptabilité et la reconstitution de chiffre d’affaires ne sont pas des fatalités. Je vous explique comment faire face à la situation.

Vous faites l’objet d’une vérification de comptabilité. Or, le contrôleur des impôts vous indique rapidement que les pièces et éléments comptables produits ne lui suffisent pas.

Selon lui, votre comptabilité ne serait pas « probante ».

Il invoque par exemple :

  • Des factures à la numérotation erratique,
  • L’utilisation d’un logiciel de caisse qu’il considère comme non-sécurisé,
  • L’absence d’éléments de justification des recettes journalières,
  • Etc.

Dans certaines hypothèses, il peut même vous reprocher un défaut complet de comptabilité ou de pièces en tenant lieu.

Si vous savez vous-même que votre comptabilité est défaillante, ou si vous sentez poindre ce reproche de la part du vérificateur, sachez que votre entreprise va sans doute faire l’objet d’un traitement très particulier : la reconstitution de chiffre d’affaires.

La reconstitution de chiffre d’affaires : de quoi s’agit-il ?

Reconstitution de chiffre d’affaires suite à un rejet de comptabilité : principes généraux

En principe, dans un contrôle fiscal classique, le vérificateur part de votre comptabilité et de vos déclarations fiscales.

Il corrige alors ce qu’il considère comme des erreurs en vous adressant une proposition de rectification.

Toutefois, la base de départ reste votre comptabilité, complétée par vos déclarations fiscales.

Les choses sont totalement inversées lorsque l’administration entend procéder à la reconstitution de votre chiffre d’affaires.

Votre comptabilité est d’emblée écartée.

L’administration va alors se fonder sur d’autres éléments pour reconstituer ex nihilo votre chiffre d’affaires et votre bénéfice.

Rien ne vaut un exemple pour illustrer sa démarche.

Reconstitution de chiffre d’affaires : l’exemple de la restauration

Vous exploitez un restaurant, dont l’administration fiscale entend rejeter la comptabilité.

Pour établir votre bénéfice, l’administration procède souvent de la façon suivante.

  • Elle écrit à tous vos fournisseurs pour connaître les quantités de matière première achetée.
  • Elle établit ensuite le nombre de plats de chaque type ayant pu être réalisés avec de telles quantités.
  • Enfin, elle croise le nombre de plats avec les tarifs figurant sur votre carte des prix.

Le problème vient du fait que chacune des variables peut donner lieu à des discussions sans fin : peut-être que votre fournisseur a livré un peu moins de matière première qu’il ne vous en a facturée ? Il est possible que vous ayez eu des pertes importantes liées à un problème de réfrigération ? Vos prix ont pu varier sur la période considérée… Je reviendrai plus bas sur ces multiples éléments et la manière de les faire valoir face à l’administration.

Mais je souhaite d’abord évoquer les principaux risques inhérents à une telle situation.

Les risques inhérents à la reconstitution de chiffre d’affaires

Disons-le d’emblée, la reconstitution de chiffre d’affaires conduit le plus souvent à des redressements très importants.

Cela ne sera pas nécessairement votre cas, d’autant plus que des moyens de défense efficaces existent.

Mais vous devez d’abord être conscient des différents risques. C’est d’ailleurs le préalable à la mise en place d’une stratégie de défense efficace.

Rejet de comptabilité : le risque lié à une surestimation des bases imposables

Vous l’aurez sans doute déjà compris, l’administration fiscale n’aura sans doute pas les mêmes méthodes que vous pour reconstituer votre bénéfice.

La reconstitution de chiffre d’affaires présente, par nature, un caractère approximatif. Il est donc possible que vos bases imposables reconstituées soient supérieures à la réalité.

Reconstitution de chiffre d’affaires suite à un rejet de comptabilité : le risque TVA

A partir de votre chiffre d’affaires, l’administration fiscale va déterminer vos bases soumises à la TVA.

La première difficulté viendra du fait que le montant déterminé par l’administration sera sans doute supérieur à la TVA réellement collectée.

Mais une deuxième difficulté apparaît souvent : l’administration fiscale n’admet comme TVA déductible que celle dûment justifiée par une facture régulière.

Si vous ne retrouvez pas ces factures, le montant des redressements risque d’être faramineux.

Dans une telle situation, une stratégie procédurale doit être établie dès le début du contrôle pour limiter au maximum le nombre d’années redressées, voire pour pousser au maximum l’administration fiscale dans ses retranchements.

Reconstitution de chiffre d’affaires suite à un rejet de comptabilité : le risque de sous-estimation des charges

Le problème est souvent moins important en ce qui concerne la base imposable à l’impôt sur les bénéfices (impôt sur les sociétés ou impôt sur le revenu) qu’en matière de TVA.

En effet, en matière d’impôt sur les bénéfices, l’administration fiscale n’exige pas systématiquement une facture pour admettre la déduction d’une charge.

Néanmoins, elle a souvent une fâcheuse tendance à sous-estimer vos charges.

Vous devrez donc, dès le début de la vérification, construire un discours convaincant pour faire admettre à l’administration la teneur de votre marge réelle.

Reconstitution de chiffre d’affaires : la question des revenus réputés distribués

Si vous exercez en société, l’administration fiscale ne va pas se contenter de redresser celle-ci.

Elle va également considérer que votre bénéfice a été distribué. Elle considèrera, en quelque sorte, que vous vous êtes versé une sorte de dividende fictif !

Vous risquez donc une imposition personnelle sur ces sommes.

Pour plus de détail, je vous renvoie à mon article détaillé sur les revenus réputés distribués.

Reconstitution de chiffre d’affaires : un risque important de majorations de 40%, voire 80%

En général, l’administration applique des majorations de 40% pour manquement délibéré.

Là encore, je vous renvoie à mon article dédié à cette question.

En cas d’activité non déclarée, elle applique la majoration de 80% dite pour « activité occulte ».

Les majorations de 80% peuvent également avoir pour fondement ce que l’administration fiscale appelle des « manœuvres frauduleuses ».

Absence de comptabilité : le risque d’allongement de la prescription en cas d’activité occulte

Le délai de reprise est le plus souvent de trois ans.

Par exception, si vous n’avez pas déclaré votre activité, le délai de reprise peut être étendu à dix ans !

Cette extension du délai a pour fondement l’article L.169 du Livre des procédures fiscales.

Des moyens de défense existent, notamment lorsque l’administration fiscale estime que vous avez un établissement stable en France, et que vous avez déposé des déclarations fiscales à l’étranger.

Redressement fiscal suite à un rejet de comptabilité : le risque de poursuites pour fraude fiscale

Les redressements fiscaux les plus importants font en principe l’objet d’un signalement au parquet.

Dans les cas les plus graves, ce signalement peut donner lieu à des poursuites pour fraude fiscale, ou pour blanchiment de fraude fiscale.

Le préalable à la reconstitution de chiffre d’affaires : le rejet de comptabilité, ou l’absence de comptabilité

Le descriptif que je viens de faire n’avait pas pour but de vous effrayer.

Si tel a pourtant été le cas, j’en viens maintenant à des éléments plus rassurants.

En effet, le régime décrit plus haut ne s’applique pleinement que dans des circonstances bien précises. L’administration fiscale n’a heureusement pas tous les droits.

Je vais donc maintenant décrire les circonstances qui permettent un tel traitement. Vous comprendrez alors, par contraste, un éventuel moyen de défense possible.

Il consiste à soutenir que les conditions permettant une reconstitution de chiffre d’affaires ne sont pas remplies.

En pratique, le problème se pose lorsqu’il existe certes des irrégularités comptables, mais que celles-ci sont peu nombreuses.

La reconstitution de chiffre d’affaires n’est possible que d’en deux situations :

  • Si votre comptabilité comporte de graves irrégularités ;
  • Si vous n’avez pas de comptabilité.

La comptabilité comporte de graves irrégularités (première hypothèse)

Il ne suffit pas que votre comptabilité soit régulière en la forme.

Il faut également qu’elle soit étayée par les pièces justificatives nécessaires.

Ainsi, par exemple, l’administration fiscale peut considérer que votre comptabilité comporte de graves irrégularités :

  • Si vous n’êtes pas en mesure de produire les pièces justificatives de nature à établir le détail de recettes enregistrées globalement.
  • Si le livre de police que vous êtes tenu de remplir n’est pas tenu régulièrement.
  • Dans l’hypothèse où vous utiliseriez un logiciel de caisse permettant de minorer des recettes.
  • Si l’administration apporte la preuve d’une minoration de recettes.

Mais l’administration a parfois la main lourde.


En effet quelques irrégularités mineures ne suffisent pas à permettre le rejet de votre comptabilité.

A défaut de comptabilité (deuxième hypothèse)

La situation est alors beaucoup plus simple : vous n’avez alors tout simplement pas de comptabilité.

La reconstitution de chiffre d’affaires : une procédure contradictoire

Il existe deux grands types de procédures de rectification :

  • La procédure contradictoire,
  • La procédure d’office.

Le caractère contradictoire de la reconstitution de chiffre d’affaires est un élément décisif, gravé dans le marbre de la loi (article L.55 du Livre des procédures fiscales).

Vous aurez ainsi droit :

  • A un débat oral et contradictoire avec le vérificateur,
  • Le cas échéant, à la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires,
  • A un recours devant le supérieur hiérarchique du vérificateur,
  • Etc.

Vous devez vous saisir de ces opportunités autant qu’elles sont nécessaires à vos intérêts.

Elles sont l’occasion de faire valoir vos conditions réelles d’exploitation auprès de l’administration. Je vous invite d’ailleurs à lui rappeler par écrit et le jour même, les éléments que vous avez fait valoir oralement.

Il s’agit notamment d’échapper à une surévaluation de votre bénéfice.

Pour ce faire, il convient que le vérificateur ne surestime ni votre chiffre d’affaires ni votre marge.

Ainsi, par exemple, dans la restauration, il importe que l’administration fiscale ait bien conscience des pertes de nourriture, ainsi que de la consommation de votre personnel.

Pour plus de précisions sur la manière de se comporter face à l’administration, je vous renvoie à mon article sur la psychologie de l’inspecteur des impôts.

Rejet de comptabilité, reconstitution de chiffre d’affaires & charge de la preuve

Textes applicables à la charge de la preuve

Les règles en matière de charge de la preuve sont énoncées à l’article L.192 du Livre des procédures fiscales.

Il énonce notamment :

« La charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l’imposition a été établie conformément à l’avis de la commission ».

Le texte vise ici la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires.

Il ajoute ensuite :

« La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l’administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ».

Explications

La preuve des irrégularités comptables

La loi fiscale indique que la charge de la preuve des irrégularités comptables pèse sur l’administration.

Cela ne vous dispense pas de produire une comptabilité en bonne et due forme, mais il appartiendra à l’administration de soulever les points qu’elle entend critiquer.

La preuve de la pertinence de la méthode de reconstitution

En principe, c’est à l’administration d’apporter la preuve de la pertinence de sa méthode de reconstitution de chiffre d’affaires.

Ce principe comporte une exception : lorsque la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires a été saisie et que son avis est conforme aux redressements.

En pratique, il importe le plus souvent :

  • Soit de produire un dossier très complet et détaillé devant la commission.
  • Soit de s’abstenir de la saisir.

Le contentieux de la reconstitution de chiffre d’affaires

La reconstitution du chiffre d’affaires d’une entreprise donne souvent lieu à des redressements sans commune mesure avec les bénéfices, et avec l’enrichissement de l’exploitant.

Si tel est le cas, vous vous devez de faire valoir vos droits.

Dans le cadre des différentes voies de recours, vous pourrez notamment faire valoir :

  • Le caractère en réalité sincère et probant de votre comptabilité.
  • Un éventuel vice de procédure commis par l’administration fiscale.
  • Le caractère infondé des éventuelles majorations appliquées.
  • Etc.

Je souhaite cependant m’attarder sur un élément propre à notre sujet : la critique de la méthode de reconstitution.

Considérations générales sur la méthode de reconstitution de chiffre d’affaires

Lorsque l’administration fiscale rejette votre comptabilité et procède à une reconstitution de chiffre d’affaires, elle substitue alors sa propre méthode à vos déclarations fiscales.

Ainsi, par exemple, si vous êtes coiffeur ou médecin, elle va par exemple multiplier le prix d’une consultation par le nombre de clients reçu dans l’année. Elle obtiendra ainsi un montant de chiffre d’affaires, d’où elle défalquera des charges.

Si vous êtes dans le négoce ou la restauration, elle écrira à vos fournisseurs pour obtenir le détails de vos achats, par le biais de son « droit de communication ». Elle établira alors un montant de vos ventes à partir des éléments.

Il ne s’agit donc pas de reconstituer à l’euro près votre chiffre d’affaires. La jurisprudence ne l’exige pas.

Pour le dire trivialement, l’administration fait en principe un mélange de bricolage, de multiplications, de soustractions et de bon sens.

Fort heureusement, le juge fiscal exige toutefois de l’administration que sa méthode soit cohérente intellectuellement, et conforme à vos conditions d’exploitation.

Si tel n’est pas le cas, deux axes de défense s’offrent à vous :

  • Prétendre que la méthode de reconstitution est radicalement viciée, ou excessivement sommaire. Si vous obtenez gain de cause, l’intégralité des redressements pourront être remis à cause. Dans certaines hypothèse, le juge peut également substituer sa propre méthode à celle de l’administration.
  • Invoquer, à la marge, une exagération des bases reconstituées. Il ne s’agit pas ici de critiquer la méthode dans son principe, mais d’avancer des chiffres plus plausibles que ceux invoqués par l’administration. L’objectif est d’obtenir une diminution des redressements.

La méthode « radicalement viciée » ou « excessivement sommaire »

Voici quelques exemples de méthodes jugées radicalement viciées ou excessivement sommaires par la jurisprudence :

  • La méthode de reconstitution de chiffre d’affaires dont les résultats supposeraient de la part du contribuable un rythme d’activité professionnelle dénué de vraisemblance (CE, 30 janvier 1991, n°78716).
  • La technique de reconstitution de chiffre d’affaires consistant à évaluer les revenus d’un établissement installé progressivement au cours de l’année N en fonction de la clientèle qui l’aurait fréquenté au cours de l’année N+1 (Conseil d’État, 11 mars 1992, 79503).
  • Dans certaines circonstances, la méthode de reconstitution de chiffre d’affaires ne tenant pas compte de l’évolution des prix des produits vendus (Conseil d’État, 11 janvier 1993, n°78040).
  • Dans certaines circonstances, la méthode de reconstitution réalisée à partir d’un devis estimatif n’ayant pas encore donné lieu à facturation (Conseil d’État, 21 octobre 1981, n°22022).

Les exemples sont très nombreux et la liste aurait pu être encore plus longue.

Il n’existe pas de critères absolument universels pour déterminer si une méthode de reconstitution de chiffre d’affaires est correcte ou non.

La jurisprudence essaye d’abord de faire preuve de « bon sens » : l’administration n’est pas tenue à une précision chirurgicale, mais elle doit faire preuve de réalisme, et tenir compte de vos conditions réelles d’exploitation.

Si l’administration fiscale ne le fait pas, vous pourrez obtenir une décharge complète des redressements ou la prise en compte d’une méthode plus favorable par le juge fiscal.

L’exagération des bases reconstituées

Dans cette hypothèse, vous ne remettez pas en cause les principes de reconstitution mis en œuvre par l’administration.

Vous vous limitez à apporter la preuve que la mise en œuvre de ces principes par l’administration aurait pu être faite de façon plus précise.

Dans ce cadre, vous pouvez par exemple faire valoir que les prix de revente de tel ou tel produit étaient plus bas que ceux pris en compte par l’administration.